Histoire du trompe-l’Ĺ“il : des raisins de Zeuxis au mur du salon
Un mur qui se creuse, un ciel qui s’ouvre au plafond, un escalier qui monte lĂ oĂą il n’y a que du plâtre : l’histoire du trompe-l’Ĺ“il est celle d’une mĂŞme ambition, faire douter l’Ĺ“il pendant une seconde. Elle commence dans l’AntiquitĂ©, passe par les palais de la Renaissance et arrive aujourd’hui sur le mur d’un salon, imprimĂ©e sur des lĂ©s de papier peint. Suivre ce fil aide aussi Ă choisir : les règles qu’appliquaient les peintres valent encore pour rĂ©ussir l’illusion chez soi.
Des raisins si vrais que les oiseaux s’y trompaient
Le rĂ©cit fondateur vient de Pline l’Ancien. D’après le MusĂ©e des Arts dĂ©coratifs de Paris, il rapporte dans son Histoire naturelle comment le peintre Zeuxis (464-398 av. J.-C.), en compĂ©tition avec son rival Parrhasius, avait peint des raisins si parfaits que des oiseaux vinrent voleter autour. Le mĂŞme musĂ©e situe l’origine du genre dans les fresques et les mosaĂŻques antiques.
L’anecdote dit l’essentiel. Le trompe-l’Ĺ“il ne cherche pas seulement Ă reprĂ©senter une chose : il veut qu’on la croie prĂ©sente, Ă sa place, dans l’espace rĂ©el. C’est ce qui le distingue d’un tableau ordinaire, que l’on regarde comme une image. Un trompe-l’Ĺ“il se regarde comme un morceau de la pièce.
Mantoue : le plafond qui s’ouvre sur le ciel
Ă€ la Renaissance, la maĂ®trise de la perspective donne aux peintres un outil redoutable. L’exemple le plus citĂ© est la Chambre des Époux, au palais ducal de Mantoue. Selon l’article de WikipĂ©dia qui lui est consacrĂ©, Andrea Mantegna l’a peinte entre 1465 et 1474. Au centre de la voĂ»te, un oculus feint s’ouvre sur un ciel bleu ; des angelots se penchent par-dessus une balustrade peinte en raccourci, vue d’en bas, comme s’ils se tenaient vraiment sur le toit.
Le procĂ©dĂ© tient en une idĂ©e : le peintre calcule son image pour un point de vue prĂ©cis, celui du visiteur debout dans la pièce. Vu de lĂ , le plafond disparaĂ®t. C’est exactement ce que fait, Ă l’Ă©chelle d’un mur, le papier peint tunnel blanc vers la lumière : une suite de cadres blancs emboĂ®tĂ©s s’enfonce vers une ouverture lumineuse. Sur la photo de la fiche, posĂ© derrière un canapĂ© et un fauteuil rouges, il donne l’impression que la pièce continue au-delĂ du mur.
Un mot né au Salon de 1800
La chose est ancienne, le mot l’est beaucoup moins. D’après l’AcadĂ©mie des beaux-arts, Ă propos de l’exposition du musĂ©e Marmottan Monet consacrĂ©e au genre, le terme aurait Ă©tĂ© employĂ© pour la première fois par le peintre Louis LĂ©opold Boilly, en lĂ©gende d’une Ĺ“uvre exposĂ©e au Salon de 1800.
Colonnes, balustrades, ouvertures feintes : l’architecture peinte reste le terrain favori de l’illusion. On en retrouve l’esprit dans le papier peint aux sphères beiges dans une colonnade, oĂą des sphères rayĂ©es de fines stries flottent au-dessus d’une colonnade claire, dans des tons sable et crème.
Le papier peint, support idĂ©al de l’illusion
Le MusĂ©e des Arts dĂ©coratifs, qui lui a consacrĂ© une partie de son exposition « Trompe-l’Ĺ“il. Imitations, pastiches et autres illusions », prĂ©sentĂ©e du 2 fĂ©vrier 2012 au 5 janvier 2014, le dĂ©crit comme le support idĂ©al de cette forme d’expression : capable de reproduire tous les matĂ©riaux, du plus modeste au plus somptueux, le bois, la laque, la faĂŻence, la paille ou le velours ciselĂ©.
Les papiers peints d’aujourd’hui ne cherchent plus seulement Ă imiter une matière. Ils construisent des volumes. Le papier peint aux cubes gris effet relief joue sur une ambiguĂŻtĂ© simple : des cubes gris et blancs en perspective, qui semblent sortir du mur ou s’y enfoncer selon la façon dont on les regarde.
L’escalier 3D bleu et turquoise va plus loin : des marches suspendues, du turquoise au bleu nuit, montent en tournant le long d’un mur blanc. La photo de la fiche le montre derrière une table en verre et des chaises bleu pâle, dans une salle Ă manger.
D’autres motifs de ce genre sont rĂ©unis dans le rayon papier peint trompe-l’Ĺ“il et 3D : cubes, escaliers, tunnels, rosaces sculptĂ©es, architectures blanches.
Ce que les peintres savaient, et qui vaut encore chez vous
Mantegna calculait son plafond pour un regard prĂ©cis. Un papier peint en trompe-l’Ĺ“il obĂ©it Ă la mĂŞme logique, et quelques prĂ©cautions dĂ©cident de la rĂ©ussite de l’illusion.
- Couvrez tout le mur. Une perspective qui s’arrĂŞte au milieu d’une cloison avoue aussitĂ´t qu’elle est une image. Choisissez le format qui couvre la largeur entière, quitte Ă recouper : nous conseillons de prĂ©voir 5 cm de marge au total, en largeur comme en hauteur.
- Placez le point de fuite Ă hauteur d’yeux. Pour un tunnel ou une colonnade, l’ouverture doit tomber lĂ oĂą se pose le regard, assis dans le canapĂ© ou debout dans l’entrĂ©e. Sous un plafond standard de 250 cm, recoupez plutĂ´t en haut qu’en bas si le centre du motif est trop haut.
- DĂ©gagez le mur. Un meuble haut ou une Ă©tagère chargĂ©e coupe la perspective. Un canapĂ© bas, une console, une table : c’est ce que montrent les photos des fiches.
- Soignez la lumière. Une lumière rasante venue du cĂ´tĂ© rĂ©vèle les irrĂ©gularitĂ©s du mur et casse l’effet. Une lumière douce et diffuse lui va mieux.
Quel format pour quel mur
Les papiers peints de ce rayon sont livrés découpés en lés de 50 cm de large. Le papier peint architecture blanche aux volumes épurés, par exemple, existe du 100 x 70 cm (2 lés) au 400 x 280 cm (8 lés). Pour un mur de 290 cm de large sous un plafond standard, le 300 x 210 cm couvre la largeur avec ses 6 lés, mais pas la hauteur : il faudra choisir le 400 x 280 cm et recouper. Notre page Quel format pour mon mur ? détaille ce calcul.
Avant de commander : regardez votre mur depuis la porte
L’histoire du trompe-l’Ĺ“il tient dans un point de vue. Avant de choisir un motif, placez-vous lĂ oĂą vous entrez dans la pièce, puis lĂ oĂą vous vous asseyez le plus souvent. RepĂ©rez sur le mur la hauteur de vos yeux dans les deux positions, marquez-la d’un trait de crayon, et choisissez un visuel dont le centre de perspective tombe entre ces deux traits. C’est le calcul que faisait Mantegna pour son plafond, ramenĂ© Ă la taille d’un salon.